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Quel est l’impact global de la consommation de bois? À la Serpentine Sackler Gallery de Londres, le studio de design Formafantasma basé à Amsterdam se rend à la source pour explorer l’impact de la consommation vorace de bois. 

Le bois pénètre dans notre vie quotidienne sous diverses formes. Il est tout autour de nous, non seulement dans son état d’origine évident comme les meubles sur lesquels nous sommes assis et dans les bâtiments que nous habitons, mais aussi sous des formes moins évidentes rendues possibles par des processus chimiques qui lui permettent d’être utilisé comme ingrédient dans des éléments comme la peinture, les cosmétiques et écrans LCD. Pour comprendre l’impact que notre consommation vorace de ce matériau a sur notre planète, nous devons remonter le long de la chaîne d’approvisionnement jusqu’à la source, qui est exactement là où les designers Andrea Trimarchi et Simone Farresin du Studio Formafantasma nous emmènent dans un nouvelle exposition à la Serpentine Gallery de Londres.

Inaugurée le 4 mars, l’exposition, intitulée Cambio, s’intéresse à la gouvernance de l’extraction du bois des forêts. L’enquête relie la science, la conservation, l’ingénierie et l’élaboration des politiques et remet en question le rôle que le design peut jouer dans la construction d’un avenir meilleur et plus durable.

Cambio

Ce titre fait référence au cambium, le tissus aussi appelée « seconde écorce » qui court autour de chaque tronc, et qui produit de l’écorce à l’extérieur et du bois à l’intérieur. En clin d’œil à cette couche de cambium, le plan de l’exposition suit une structure concentrique avec deux salles en son centre. Ici, les visiteurs trouveront des interviews de spécialistes et une série de films réalisés par Formafantasma. Il s’agit notamment d’un monologue écrit et livré par le philosophe et auteur Emanuele Coccia. Parlé du point de vue d’un arbre, le monologue s’adresse à toute la race humaine.

“Il présente un renversement des structures du pouvoir sur la planète, où vous commencez à vous demander qui est en contrôle”, explique Simone Farresin de Formafantasma. “Ce n’est pas seulement une provocation – c’est une invitation à commencer à penser à ce que nous faisons sur la planète comme une expérience partagée. En tant que designers, nous ne pouvons plus penser que notre rôle consiste uniquement à répondre aux désirs et aux besoins humains. »

L’origine et la durée de vie du bois

Dans les espaces extérieurs de la galerie, un parfum intense de forêt conçu par l’artiste et nez Sissel Tolaas remplit l’air et donne vie aux expositions. Lorsque les visiteurs entrent, ils sont confrontés au tronc d’un énorme chêne de la forêt Garnstone dans le Herefordshire qui a été coupé en planches, séché et prêt à l’emploi. L’installation capture l’arbre dans sa phase de transition de l’être vivant à l’objet tout en apportant une sensation d’échelle.

À proximité, une série d’objets en bois et de produits contemporains provenant d’Allemagne, de Belgique et des Pays-Bas sont exposés. Chacun a été testé légalement pour révéler l’origine du bois qu’il contient, et les résultats surprenants sont présentés sur le mur. Ils révèlent comment les espèces d’arbres protégées et même menacées sont utilisées pour des applications bon marché, telles que des raquettes de ping-pong ou du charbon de bois pour les barbecues.

“C’est une invitation à considérer ce que nous faisons sur la planète comme une expérience partagée”

Dans une autre installation, les designers exposent la corrélation entre la quantité de CO2 contenue dans un objet et la durée pendant laquelle l’objet devrait être utilisé pour compenser son carbone. Par exemple, un tabouret fabriqué à partir d’un arbre à croissance rapide devrait durer 60 ans, tandis qu’un tabouret fabriqué à partir d’un chêne aurait besoin d’une durée de vie de plus de 120 ans.

Recherche de matériaux

«Nous avons conçu l’exposition comme le début du projet plutôt que comme une fin. Nous voulions mettre la recherche au premier plan.» explique Farresin.

Bien que l’accent soit mis sur les processus de réflexion, le studio a conçu une série de mobilier pour afficher les matériaux de recherche. Une série de tables, tabourets, bureaux, chaises et étagères a alors été fabriquée à partir de pin récolté à Val di Fiemme – une forêt du nord de l’Italie qui a été détruite en 2018 par une tempête causée par le changement climatique. Plus de 13 millions de pins ont été abattus par les vents puissants.

«L’exposition entière utilise le bois d’un seul arbre», explique Farresin. «Le pin est un bois très tendre, nous voulions donc l’adopter. Nous avons appliqué un vernis qui est habituellement utilisé dans la fabrication d’instruments de musique afin que la surface devienne plus durable. C’est un vernis transparent avec un peu de gris clair qui donne au pin un aspect légèrement “brumeux”. »

Formafantasma n’est pas étranger à des projets de recherche approfondie sur les matériaux, explorant alors par la même occasion les responsabilités politiques et écologiques du design.

L’ensemble du projet Cambio est disponible en accès libre sur le site www.cambio.website.

Pour en savoir plus sur Formafantasma et sur l’exposition à la Serpentine Sackler Gallery.

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Année 2020 – Lieu LONDRES, ROYAUME-UNI – Photos GREGORIO GONELLA & FORMAFANTASMA

Categories: Autres, Design, Nouveautés
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