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Christopher Norman

Publié le 29/06/2021

Christopher Norman nous interpelle avec ses sculptures monumentales. Graphiques et géométriques, elles le rappellent à sa pratique de l’architecture. En jouant avec les dimensions et les espaces, Christopher nous offre ainsi une vision artistique de la pratique du bois.

Vous êtes architecte, sculpteur et designer. Pouvez-vous nous parler de votre carrière ?

J’ai toujours aimé les formes et travailler de mes mains. J’ai étudié l’architecture pour créer des espaces. Après une dizaine d’années dans ce domaine, j’ai recommencé à travailler le bois, et plus précisément à tourner des objets. Ça a été saisissant. Par rapport aux projets de construction qui prennent au moins deux à trois ans, j’ai trouvé qu’avec le tournage sur bois et un temps de préparation minimum, je pouvais terminer une pièce une heure plus tard. Peu de temps après avoir redécouvert le tournage, j’ai voulu consacrer tout mon temps et mon énergie à la construction d’une pratique autour de la sculpture sur bois. Aujourd’hui, je prends néanmoins encore en charge quelques projets d’architecture car j’aime toujours travailler à cette échelle.

Vos sculptures sont-elles un moyen d’appréhender l’espace autrement qu’en architecture ?

Je vois l’architecture et la sculpture sur le même spectre. Les deux sont des formes avec lesquelles les gens vivent et expérimentent. L’architecture est rythmée par les usages de ses habitants, tandis que la sculpture est beaucoup moins contrainte. Au quotidien, il n’y a pas beaucoup de similitudes entre mon architecture et la sculpture. En réalité, ma pratique de la sculpture me rappelle l’importance d’être toujours aussi passionné par l’architecture. 

Quel est votre processus lors de la création d’une nouvelle sculpture ?

Je fais des croquis presque abstraits des formes que je souhaite réaliser. À ce stade, ils sont sans échelle. J’ai alors soit un morceau de bois sous la main qui serait parfait pour une forme spécifique, soit je pars d’une bûche pour créer une nouvelle pièce. Une fois que je commence à réaliser la découpe, il n’y a aucun moyen de revenir en arrière, je peux donc seulement faire de petits mouvements pour obtenir la meilleure forme ou caractéristique du bois. Comme tout mon travail est soustractif, j’observe au fur et à mesure ce qui se passe entre la forme et le bois. Il arrive toujours un moment où je sais que je veux m’arrêter car j’ai obtenu le meilleur résultat possible. 

Avec quel type d’outils travaillez-vous ? 

Pendant des années, je n’ai utilisé que des outils à main pour fabriquer des meubles. Cela m’a beaucoup appris sur le travail du bois, en particulier sur le travail du grain. Je considère le tour comme un outil à main ; alors qu’il y a un moteur pour faire tourner la machine, l’art du tournage est aussi d’affûter et de tenir correctement les outils. J’ai été surpris de voir à quel point il faut apprendre à utiliser un tour pour en tirer ce que vous voulez. Maintenant, une grande partie de ce que je fabrique est à une échelle où les outils manuels ne sont pas aussi pratiques. J’ai fais l’acquisition d’une fraiseuse de 1942 qui a été conçue pour travailler de plus gros morceaux de bois. Ce que j’aime avec cette machine, c’elle que même si elle est toujours un peu contrôlée manuellement, je peux faire d’énormes pièces sans trop me fatiguer. 

Comment trouvez-vous le bois avec lequel vous travaillez ?

Je le trouve principalement ici, à Los Angeles. Je travaille avec des arboriculteurs et des scieurs pour trouver des grumes entières. Beaucoup d’arbres proviennent de terrains résidentiels, qui font déjà partie de la vie d’une famille. Quand je les ai entre mes mains, je crée l’opportunité d’une autre vie pour l’arbre. Rien que dans la région de Los Angeles, des milliers d’arbres sont abattus chaque année parce qu’ils sont en fin de vie ou parce qu’ils gênent. C’est très satisfaisant de savoir que le bois serait probablement allé dans une décharge ou transformé en bois de chauffage si je ne l’avais pas utilisé.

Comment gérez-vous les déchets issus de l’extrusion de vos pièces ?

Étant donné que je travaille rarement avec du bois industriel et que presque toutes les bûches que je sculpte proviennent de la région et ont été détournées d’une décharge, l’impact de mes déchets pourrait être considéré comme un impact positif net sur l’environnement local. Globalement un meuble produit environ 200 gallons de copeaux de bois. Je connais suffisamment d’agriculteurs et de jardiniers urbains pour que tous mes déchets de bois soient alors utilisés comme paillis ou comme bois de chauffage.

Pouvez-vous nous raconter une de vos expériences avec un bois en particulier ?

Chaque bois est spécial ! Vraiment, je tombe amoureux de chaque pièce que je fabrique et je vois la magie dans chaque morceau de bois avec lequel je commence. Je me sens toujours assez chanceux de pouvoir faire le travail que je fais tous les jours.

Qu’aimez-vous le plus en travaillant avec ce matériau ?

J’aime le fait que le bois soit un matériau naturel, lié à une échelle de temps humaine, et qu’il occupe une si grande place dans nos vies. J’aime tout autant la pierre et le métal, mais rien d’autre ne ressemble au bois, il est souple, surprenant et sensuel à la fois. 

Vos formes sont à la fois minimalistes et graphiques. Qu’est-ce qui vous inspire ?

J’ai un amour pour l’histoire et les artefacts. Chaque époque, récente ou ancienne, a sa propre esthétique influencée par la culture et la technologie disponible. Cela dit, il existe des courants sous-jacents de vocabulaires formels communs. Par exemple, les bols romains antiques peuvent être presque indiscernables des bols modernes, pourtant ils servent le même usage. Je recherche des formes primaires dans le monde domestique et industriel pour les reconstituer ensuite à une autre échelle, dans un autre matériau, ou un autre contexte.

Vous êtes basé à Los Angeles, une ville très créative. Comment votre localisation influence-t-elle votre travail ?

Je dis que LA est un endroit où chacun crée son propre LA plutôt que de faire partie d’une plus grande identité historique. Plus que tout, LA m’a permis de suivre mes rêves tout en sachant que des personnes partageant les mêmes idées sont sûrement présentes et intéressées par ce que je fais ici.