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Etienne Bailleul

Publié le 13/03/2021

Etienne façonne le bois dans son petit atelier minimaliste situé en Basse-Normandie, dans la Baie du Mont Saint-Michel. Sculpteur autodidacte, il propose des pièces emplies de sens et de textures pour révéler à la perfection le caractère de chaque bois. Totalement fasciné par la richesse du monde végétal, c’est ici que Etienne puise son inspiration pour créer des pièces à la frontière entre l’usuel et le décoratif. Rencontre.

 

D’où te vient cette passion du bois ?

J’ai grandi à la campagne et en ce sens j’ai toujours été confronté au travail manuel. Le rapport à la matière, que ce soit pour fabriquer, créer, réparer ou travailler est présent dans ma famille. J’imagine que le travail du bois est ce qui m’a le plus marqué, j’ai beaucoup observé et je me suis nourri des gestes avant de pratiquer. Au delà de la matière, il y a les êtres vivants. Mon rapport aux arbres est assez intime, je les voyais changer au fil des années et des saisons. Je grimpais aux branches étant plus jeune, je me souviens de leur mouvement, de cet équilibre entre souplesse et résistance, de cette vie là-haut. Les arbres sont des êtres tranquilles et silencieux et en ce sens je me sens lié à eux. Je pense que travailler le bois est une manière pour moi de mieux les comprendre, le monde végétal a beaucoup à nous apprendre.

Parles-nous de ta manière de travailler, sculptes-tu exclusivement tes pièces ?

Je ne me définis pas comme sculpteur mais il s’agit d’un travail de sculpture oui. Je suis autodidacte dans le travail du bois alors l’apprentissage et l’expérimentation font actuellement parti du processus de création. C’est amené à évoluer pour certaines étapes mais je travaille uniquement avec des outils à main. Cela signifie aller plus lentement, être patient. Ça permet de voir la forme évoluer, de maîtriser le geste et d’être au plus près de la matière. J’aime prendre du recul aussi, il m’arrive de laisser une pièce de côté pendant des semaines, c’est toujours positif. 

Quel type de pièces crées-tu ?

Je fabrique des objets à la frontière entre l’usuel et le décoratif. Je préfère qu’il y ait de l’interaction avec les usagers, j’aime quand mes créations sont utilisées, touchées, regardées sous tout les angles, qu’on leur invente des usages inattendus. C’est un rapport ludique qui me parait plus riche qu’un simple objet à regarder, surtout quand on parle de bois et de matière « vivante ». Je préfère créer petit et délicat, les pièces que je fabrique sont plutôt modestes en terme de dimensions, mais toujours avec une grande attention apportée au détail et à la finition. 

Y a t’il une essence que tu affectionnes le plus de travailler ?

J’utilise du bois local et uniquement des essences rustiques, ça laisse déjà une très belle palette et il est difficile d’établir une préférence.. J’ai commencé avec du bois provenant du verger chez mes parents. J’apprécie particulièrement les bois de fruitiers, principalement ceux du pommier, poirier et merisier. J’aime l’odeur et le grain fin de ces bois semi-durs qui permettent de sculpter dans le détail. 

Quel est ton processus de création ?

J’ai toujours dessiné et il m’arrive de faire des croquis mais la richesse du bois fait que les dessins sont rapidement obsolètes. Mes croquis relèvent actuellement plus de l’ordre des recherches de textures plutôt que de l’objet dans son ensemble. Je préfère me laisser porter par le morceau de bois, explorer. Avoir une intention très précise je trouve que c’est contraindre ce matériau qui possède déjà ses propres contraintes, ses tensions et son histoire. Je pense qu’il vaut mieux composer avec ces difficultés et se laisser guider par la matière. C’est ce que j’aime avec le bois, il me fait souvent sortir de ma zone de confort, et le résultat est toujours différent. Le bois est une matière noble alors j’essaie aussi d’en gaspiller le moins possible. La plupart des formes résultent donc d’un équilibre entre le morceau de bois et son unicité en relation avec l’intention qui se dessine progressivement.

Les formes de tes pièces et les effets de texture rendent tes pièces très organiques. Par quoi es-tu inspiré ?

Ma principale source d’inspiration reste la nature, sans aucun doute. Plus précisément je me suis aperçu que j’aime porter une attention particulière aux matières et textures que nous offrent nos environnements et leur diversité. J’aime regarder les choses de près, essayer de comprendre les rapports qu’établissent ces différentes matières entre elles, leur rapport à la lumière et au toucher. Mes pièces sont faites pour être utilisées et ce rapport au toucher devient de plus en plus important pour moi. Je suis aussi très curieux face aux différents savoir-faire autour du monde dans tout les domaines de l’art, de l’artisanat et de la conception, mon imagination puise donc ses sources dans des références très étendues et cette ouverture d’esprit est toujours une aide précieuse.

Peux-tu nous décrire ton environnement de travail ? 

Actuellement je travaille en Basse-Normandie dans la Baie du Mont Saint-Michel, à la campagne. Quand j’ai décidé de lancer mon activité fin 2020 se posait la question du local, et j’ai rapidement entrepris de le construire. C’est une manière pour moi de rendre cette expérience encore plus enrichissante. C’est un petit atelier minimaliste, une construction à ossature bois réalisée en un mois sur une remorque plateau selon le principe des « tiny houses ». Ça reste une solution temporaire mais j’aime l’efficacité et la luminosité de cet espace qui s’articule simplement autour d’un établi de sculpteur.

Peux-tu nous présenter les pièces exposées à l’évènement « Bring the Trees Indoors » ?

Deux vases en chêne ont été réalisés dans une ancienne poutre qui provient d’un bâtiment agricole. Ils ont une base massive et stable, qui s’affine vers l’ouverture. Comme si cette grosse poutre était encore là et évoluait en quelque chose de plus léger, les branches dans le vase achevant cette transformation. Ces deux vases gardent volontairement quelques traces de cette ancienne vie. Il est toujours intéressant et gratifiant de pouvoir réutiliser du bois. Parmi ces pièces il y a aussi un vase en merisier. La ligne qui parcourt l’objet et lui donne sa forme est apparue de manière spontanée en sculptant la matière. J’imagine que je me suis laissé guider par le veinage et la torsion naturelle de ce morceau. Ces vases présentent une surface texturée à la gouge, dans le but de jouer avec la lumière et le toucher. C’est aussi une manière d’attirer l’oeil, un encouragement de ma part à venir observer cette formidable matière de plus près, produite lentement par l’arbre au fil des années.