Lucas Hoffalt Outinomi
Bonjour Lucas, pouvez-vous vous présenter et nous raconter comment vous en êtes venu à vous spécialiser dans l’outillage japonais ?
Après mon diplôme de l’ENSAD j’ai vite compris que je voulais travailler comme un « designer/artisan », créer mes propres pièces et fabriquer du sur mesure. Quand j’étais étudiant je m’intéressais plutôt au métal. C’était le moment du retour de Tolix et il y avait énormément de mobilier en découpe laser et pliage de tôle. Cependant j’avais des commandes sur mesure qui se situaient plutôt dans l’intérieur et c’est tout naturellement que j’ai commencé à utiliser le bois en panneau et en massif. N’ayant que peu de moyen et de place, les outils manuels furent la seule solution que j’avais et c’est comme ça que je suis tombé sur les scies et ciseaux japonais.
Il y a souvent une période d’apprentissage avant de vraiment « apprivoiser » un outil japonais : l’affûtage, la prise en main, la posture. Qu’est-ce que cela dit de la relation entre l’artisan et son outil ?
En effet, les outils japonais nécessitent d’être apprivoisés, c’est très juste. En ce sens où ils nécessitent toute une série de réglages. Ce sont des outils rudimentaires mais subtiles dans leurs réglages que ça soit l’affûtage ou l’accommodement des éléments entre eux. En réalité, ça ne révèle pas forcément les qualités de l’artisan. Dans mon parcours j’ai eu la chance de visiter énormément d’ateliers. Et je dois dire que l’équation: outils parfaits=maître d’art n’est pas systématique.
Par contre, la manière dont un artisan traite ces outils dévoilent l’intérêt et l’attention qu’il porte au processus de création de fabrication. Et en ce sens je dirais que chez les designers qui produisent eux-mêmes leurs pièces il peut y avoir une adéquation entre l’outil, le geste et l’œuvre.
L’entretien fait également partie intégrante de la culture de l’outil. Quels sont vos conseils à quelqu’un qui utilise ces outils pour la première fois ?
Il faut affûter soi-même ses outils. Commencer le plutôt possible cette pratique. Lire les ouvrages de référence en la matière (Toshio Odate – Dale Brotherton). Affûter le soir ou le weekend, jamais en commençant sa journée de travail.
Vous avez créé Outinomi en 2022. Y a-t-il un outil que vous n’arrivez pas à trouver et que vous rêveriez de proposer un jour ?
Je n’ai pas tellement de difficulté à trouver un certain type d’outils. Ce dont je rêve c’est plutôt de pouvoir présenter le travail de maître artisan: « Shokunin » tel que Yamamoto (pour les kanna), Hiroki (pour les marteaux)… Ce qui est délicat c’est que ces artisans produisent très peu de pièces, leurs carnets de commande sont pleins. Ils privilégient logiquement le marché Japonais et donc il peut y avoir jusqu’à deux à trois années d’attente. Mais je ne désespère pas et je pense trouver des solutions lors de mon prochain voyage à Miki.
Le titre de cette sélection, Les Gestes et les Outils, place le corps avant l’objet. Pensez-vous qu’un outil japonais transforme réellement le geste de celui qui le tient ?
Oui c’est tellement logique comme propos. La forme, l’ergonomie et la facture des outils japonais sont si différents, chaque outil implique un geste particulier pour une fonction particulière. Je pense que la qualité de facture d’un outil suscite une attention accrue chez certains artisans. Quand on chérit un outil, on apprécie les moments de son utilisation.
Parmi les 7 outils de la sélection, y en a-t-il un dont vous souhaiteriez raconter plus particulièrement l’histoire ?
Les kiridashi sont plus que de simples couteaux. Quand on à la chance de posséder un bon kiridashi (en acier hautement carboné bi-couche) et qu’on sait l’affûter correctement c’est un pur plaisir. Ce que j’apprécie particulièrement avec ces outils comme ceux forgés par Sakamitsu, ce sont leur poids et leurs épaisseurs. Le ressenti en main est unique, ils n’ont pas d’équivalent.
Ces dernières décennies le prix des Kiridashi « vintage » ont explosé en partie à cause des collectionneurs occidentaux qui peuvent se permettre de dépenser des centaines d’euros dans une pièce rare: Hidari Hisasaku, Iwasaki, Kikuo kanda, Sato San…
Ce qui me passionne avec cet outil et qu’on peut retrouver sur beaucoup d’outils japonais c’est la grande variété de forme et de finition que peut prendre ce simple outil. Le grand maître du 19éme Chiyotsuru Korehide (1874-1957) a tout inventé en la matière, chaque style, chaque forme d’outils a ensuite été repris comme autant d’écoles par autant d’artisans. Bref c’est l’anti-cutter, durable et transmissible.
Les outils de cette Sélection sont à retrouver dans notre boutique en ligne.
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