Timothée Concaret & Nicolas Mérigout Formel Studio

Publié le 13/05/2020

Timothée et Nicolas, deux parcours différents mais une approche et des valeurs communes. En créant il y a 1 an leur studio de création et de fabrication, ils donnent un souffle nouveau au design. À la fois industriel dans les courbes et artisanal dans la production, ils nous ont donné envie d’en savoir plus. Découverte.

Quels sont vos parcours respectifs ?

Timothée : j’ai étudié le design de produits à l’ENSAAMA Olivier de Serres avant de faire un an de stage, à Paris chez le sculpteur Pucci de Rossi puis à Rotterdam chez l’architecte Reinier de Jong. J’aimais déjà bien l’idée de toucher à toutes les disciplines. De retour en France, j’ai fait deux ans de Master à Strasbourg. C’est là que j’ai rencontré Nicolas. Après l’obtention de notre diplôme, on est venu à Paris pour travailler, chacun de notre côté. Même si à ce moment-là j’avais déjà envie de fonder mon studio, je ne savais pas encore par où commencer et il fallait que j’apprenne. Pendant trois ans, je me suis formé auprès d’agences de design et d’architecture : Naço Architectures, Christophe Pillet et le Studio 5.5, où j’ai eu la chance de pouvoir travailler sur des projets très variés : yacht, cinéma, hôtel, boutique, mobilier et scénographie.

Nicolas : j’ai étudié l’architecture intérieure à l’ESAAT de Roubaix puis à Strasbourg. Pendant toutes ces années, j’ai fait des stages dans des agences de design mais aussi dans des ateliers d’art. La découverte de la forge aux Ateliers de Coubertin reste l’une de mes expériences les plus marquantes. J’avais déjà une approche assez manuelle de la pratique mais l’envie de fabriquer mes propres objets se faisait de plus en plus grande. De retour sur Paris, je me suis formé à l’ébénisterie auprès des Ateliers Synapses. J’ai eu la chance de travailler un an avec eux avant de créer mon propre atelier. Depuis deux ans, je travaille à mon compte sur des projets de mobilier, architecture intérieure et événementiel.

Parlez-moi de votre première collaboration, pour le concours « Révélateurs de Talents ».

Timothée : en réalité on cherchait un moyen de travailler ensemble depuis nos études à Strasbourg. En septembre 2015, on a participé une première fois au concours Révélateur de Talents, avec un prototype de chaise que l’on a dessiné et fabriqué. Bien que notre projet n’ait pas été retenu, on savait qu’on tenait quelque chose. Fin 2018, on a retenté le concours avec cette fois-ci un projet de luminaire. Nicolas venait d’avoir son propre atelier et de mon côté je me lançais en freelance.

Nicolas : en mars 2019, quand on a remporté le premier prix, on s’est dit qu’il fallait qu’on crée notre studio. On a peaufiné le projet durant l’été et en septembre, on s’est présenté officiellement lors de la Paris Design Week, sous le nom de Formel.

Nicolas est artisan-ébéniste, Timothée designer industriel. Comment concevez-vous un projet ensemble ?

Timothée : on est très complémentaires. On a deux visions différentes mais la même rigueur ; on aime les choses claires, nettes et précises (c’est d’ailleurs de là que vient le nom Formel). Même si il y a naturellement des rôles qui se créent, grâce aux expériences de chacun, on essaye de ne pas s’en tenir à ce qu’on sait faire. Par exemple, les idées viennent autant de Nicolas que de moi. S’il me faut généralement quelques pages de croquis avant de partager une piste, Nicolas est plus direct et commence avant tout à étudier la faisabilité.

Nicolas : on est passionnés par les beaux détails et il arrive que l’idée vienne simplement d’un défi technique qu’on s’est lancé. Quoiqu’il en soit, ce n’est pas Timothée qui dessine et moi qui fabrique, tout se fait à deux et chacun cherche à apprendre de l’autre. Je pense qu’on a beaucoup de respect et d’admiration pour le travail de l’autre, c’est primordial.

Vous avez commencé à travailler pour des entreprises telles que Ligne Roset ou la SNCF.  Comment appréhendez-vous ces projets ?

Jusqu’ici, on a eu la chance de travailler sur des projets assez conséquents. Malgré cela, tout s’est fait très naturellement. Même si le projet peut sembler ambitieux, il faut rester terre-à-terre. Pour la SNCF, par exemple, la relation de confiance s’est instaurée très rapidement entre le client, l’agence Zakka qui orchestrait l’évènement et les autres designers (Brichet&Ziegler, Desormeaux&Carrette, Studio Monsieur et Rémi Perret). Tout s’est fait avec beaucoup de respect et de professionnalisme.

Vous éditez depuis peu vos propres pièces. Pouvez-vous m’en dire plus sur cet aspect là de votre travail ?

Timothée : en réalité, c’est l’auto-édition qui nous a poussé à nous associer. En mettant en commun nos savoir-faire, on était capables de dessiner et de fabriquer nos propres objets. On ne voulait pas produire des pièces uniques et inaccessibles mais de la série. Le choix de dessiner des objets simples, avec la juste quantité de matière est rationnel ; on veut pouvoir produire, en moyenne série et avec les moyens dont on dispose, des objets made in France accessibles, qui plaisent au plus grand nombre.

Nicolas : on veut créer des objets qui durent, autant par leur esthétique intemporelle que par la qualité des matériaux. On espère ainsi inciter les gens à consommer moins mais mieux. Pour cette raison, le design japonais est une de nos plus grandes sources d’inspiration car il va à l’essentiel, tout en respectant l’utilisateur, le matériau et celui qui le met en oeuvre.

Quel est votre rapport au matériau bois ?

L’utilisation du bois s’est faite spontanément. On est très à l’aise avec ce matériau car il est naturellement beau et il rend chaque objet unique. En tant qu’artisans, on comprend la matière que l’on met en forme. On est capables d’anticiper les contraintes de fabrication et de dessiner nos objets en conséquence. Ce n’est pas toujours évident d’utiliser du bois massif car c’est un matériau vivant, qui bouge et se patine, mais ce sont toutes ces contraintes qui lui donnent son charme.

Vous travaillez des bois provenant de forêts françaises gérées durablement, en quoi cela est important au sein de votre démarche ?

Nicolas : en tant que fabricants, on a la possibilité de choisir comment produire nos objets et avec quelles ressources. On est conscients que travailler ainsi est un privilège. On sélectionne avec soin nos fournisseurs car même si cela représente un investissement supplémentaire, on s’assure du bon renouvellement des ressources. Les arbres qui servent dans la fabrication de nos objets ont parfois plus de 150 ans ! On remercie les générations passées pour ce beau cadeau.

Timothée : on ne peut pas avoir juste sur toute la ligne mais certaines choses nous tiennent à coeur et on essaye de les intégrer dans notre travail. Par exemple, utiliser du bois responsable et durable ainsi que des huiles de finition naturelles, limiter l’usage de colle et de vis, dessiner des objets démontables dans la mesure du possible, autant pour un point de vue pratique que pour limiter l’empreinte carbone de nos livraisons. On espère que nos objets vivront le plus longtemps possible mais on essaye de penser malgré tout à ce qu’ils deviendront à la fin. Ce sont des petites choses mais qu’il faut anticiper dès le début.

Une essence de prédilection ?

On aime particulièrement le chêne, c’est un bois très “français”, qui fait partie de notre culture. Sa couleur et son odeur nous rappelle à tous les deux de bons souvenirs. Chaque projet présente des contraintes différentes et chaque essence de bois a des caractéristiques bien précises, qu’on doit utiliser à bon escient !

Quel est votre environnement de travail ?

Timothée : notre environnement de travail est très décontracté. On est amis avant d’être associés donc on travaille avec le sourire même si parfois on ne tombe pas d’accord ou qu’on s’arrache les cheveux sur un projet. En réalité, plus l’objet est simple, plus il a été difficile à concevoir ! De manière générale, en fonction des projets en cours, on essaye d’alterner entre atelier (production en série, commande particulière et prototypage) et bureau de création (mail, dessin et 3D), afin de se maintenir éveillés. Bien que ce soit plus difficile quand les choses s’accélèrent, on essaye de toujours se garder un temps pour réfléchir à de nouveaux projets.

Nicolas : en plus de cela, on a la chance d’être entourés d’amis avec lesquels on peut et on veut travailler : photographe, graphiste, architecte… etc. On apprécie cette relation de confiance et ce respect mutuel dans le travail.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Timothée : on profite de ce moment d’accalmie pour dessiner notre prochaine collection. Avec les outils actuels, on peut travailler à distance très facilement, tant qu’on reste en deux dimensions. Néanmoins, on a l’habitude de passer rapidement en volume pour valider la forme, les proportions ou l’ergonomie et l’atelier commence à nous manquer !

Nicolas : de manière générale, on essaye de dessiner une nouvelle collection par an et de participer à un ou deux évènements. C’est important de pouvoir présenter nos produits en personne. Les gens ont besoin de voir et de toucher les objets et c’est aussi l’occasion de raconter notre histoire et d’expliquer notre démarche.

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