Albane Salmon Atelier Sauvage

Publié le 17/03/2021

A mi-chemin entre la sculpture et le mobilier, Albane conçoit des pièces dont les formes organiques évoquent la beauté de la nature. Intrinsèquement liée aux paysages montagneux, elle témoigne à travers ses pièces d’un profond respect pour la matière. Située à Bagnolet, en région parisienne, elle y a installé son studio « Atelier Sauvage », où elle expérimente de nouvelles techniques et valorise chaque pièce de bois. Rencontre inspirante..

Quel est ton parcours ? 

J’ai d’abord fait des études qui n’avaient rien à voir avec le travail du bois mais une intuition, une envie de concret, m’ont fait changer de cap. J’en parlais comme d’une une blague au début. Puis, c’est devenu réel. A peine mes études terminées, j’ai cherché à me former en ébénisterie. Je voulais créer avec mes mains. Donner vie à ce qui me passait par la tête. Expérimenter. Le travail du bois était une porte d’entrée dans un univers bien plus large, celui de la création.

Comment définirais-tu ton travail ? 

J’aime penser que mon travail est à la croisée de deux mondes, quelque part entre la sculpture et le mobilier. Il s’agit d’émouvoir, de transmettre un peu de bien-être, de douceur, de poésie! J’aborde le travail du bois à la manière d’un sculpteur ou d’un céramiste qui modèle la terre, privilégiant les formes pures et organiques, tracées et modelées « à main levée ». Pour moi, c’est dans le déséquilibre, dans l’absence de symétrie que que se cache la beauté. J’essaie au maximum de valoriser la singularité de chaque morceau de bois. J’aime me dire que le matériau contribue à dicter la forme, que je ne reproduirai donc jamais deux fois la même. D’un autre côté, cette approche artisanale du travail de la matière, c’est aussi pour moi le choix d’un modèle de société, d’un style de vie que l’on promeut à travers cette façon de travailler. On réapprend la valeur des objets, du travail, du temps et de la vie humaine.

Quel est ton processus de création ? 

Pour moi, la fabrication est indissociable de la conception. Lorsque je crée un objet, il y a l’idée que je m’en fais au départ et le résultat obtenu. Même s’il m’arrive de dessiner des choses très précises en amont, le passage par l’atelier est une étape décisive. Selon le veinage du bois choisi, les nuances de sa teinte, sa réaction lorsqu’on le travaille, le projet évolue. J’aime aussi beaucoup partir de ce que j’ai sous la main pour créer, penser mes projets à partir de ce que j’ai déjà à disposition.  D’un point de vue créatif, j’ai découvert que la contrainte peut être une vrai richesse. Cela me permet de prolonger au maximum la vie des arbres qui se retrouvent dans mon atelier, en essayant de valoriser jusqu’aux plus petites chutes.

Quel rapport as-tu au bois ? 

Lorsque l’on parle d’arbres, on parle d’individus, de populations. A mon sens, cela traduit toute la richesse de ce matériau. Au sein d’une même espèce il n’y a pas deux individus identiques, chacun possède son caractère et sa beauté propre. C’est ce qui en fait un matériau si vivant et si chaleureux. C’est une source inépuisable de surprises et de plaisir !

Quelles sont tes sources d’inspirations ? 

Elles sont bien évidemment nombreuses et diverses car tout ce qui m’entoure m’influence d’une manière ou d’une autre mais d’un point de vue esthétique, c’est la nature qui nourrit le plus mon travail. Je suis originaire des Hautes Alpes où j’ai grandi dans une famille qui passe le plus de temps possible en montagne. Même si je suis incontestablement la plus citadine de la famille, les paysages de montagne ont marqué mon imaginaire et contribué à la formation de ma sensibilité esthétique. Qu’y a-t-il de plus beau qu’une ligne de crête façonnée et usée par la pluie et le vent, ou qu’un galet sculpté par l’eau d’un torrent? L’érosion, les métamorphoses au fil des saisons… C’est ce hasard des formes et des textures sculptés par les éléments, autant que l’intensité des couleurs que l’on trouve dans la nature que j’essaie de retranscrire dans mon travail.

Peux-tu nous décrire ton environnement de travail ? 

Aujourd’hui, je travaille principalement seule mais je partage un atelier avec d’autres menuisiers. Bien qu’ayant des pratiques assez différentes, cette cohabitation est source de beaucoup d’échanges et d’enrichissement mutuel. Pour les mêmes raisons, je travaille régulièrement en collaboration avec d’autres artisans, des architectes ou des artistes. Travailler seule apporte beaucoup de liberté, mais l’échange reste pour moi un moteur et une source de découvertes fondamentales.

Peux-tu nous présenter les pièces exposées à l’évènement « Bring the Trees Indoors » ? 

Il s’agit de deux vases en orme rouge créés pour l’occasion. Ils ont été réalisés à partir d’un assemblage inspiré de la fabrication des mâts de bateaux puis modelés à main levée. Chacun des vases reprend à sa manière l’esthétique des souches et des branches d’arbres qui, arrivées au terme d’un cycle, jonchent le sol de nos forêts et deviennent le terreau d’autres formes de vie. Comme elles, ces vases offrent un environnement favorable à l’épanouissement des compositions florales délicates de Meggan Roussel.

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