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Liang-Jung Chen

Publié le 28/09/2021

Liang co-fonde et participe en tant que design à la première édition du projet Local Ware. Se plaisant à mêler différents langages visuels et matériels, elle nous raconte son parcours à travers le globe ainsi que la genèse de ses projets.

Designer taïwanaise, tu es basée à Londres. Peux-tu nous parler de ton parcours ? 

Ayant grandi dans la campagne de Taïwan au sein d’une famille traditionnelle d’industriels, j’ai été exposée à la culture de la fabrication à un assez jeune âge, ce qui m’a amenée à étudier le design industriel à l’université. J’ai tout d’abord vécu à l’étranger à l’âge de 21 ans, lorsque j’ai effectué un stage dans un studio de design produit à Copenhague. Ce fut une période très formatrice pour ma carrière car j’ai énormément appris, à la fois culturellement dans ma vie quotidienne et sur le fonctionnement de l’industrie du design. Après être revenue à Taïwan et avoir travaillé comme designer indépendant pendant un certain temps, j’ai déménagé à Londres en 2018. Une ville dynamique, diversifiée, et riche en innovations. En plus des commandes en design industriel, je jongle désormais entre le commissariat d’exposition, le design spatial, la direction créative, etc. Quand mon emploi du temps me le permet, j’aime aussi créer des œuvres d’art personnelles très intuitives.

Tu es également la fondatrice de ii (initial initiatives) et de The Misused, peux-tu nous présenter ces projets ?

ii est un studio créatif interdisciplinaire. Il s’engage de manière proactive dans des projets à impact positif basés sur une recherche intensive, une approche stratégique et une expérimentation radicale. C’est un studio qui englobe tous mes intérêts allant de l’art au design, de l’installation à la recherche, de l’éducation au conseil, etc. Quant à The Misused, il s’agit d’un projet parallèle que j’ai co-fondé avec un collègue designer en 2018 et qui a ensuite été dirigé par ii depuis 2020. Il s’agit d’un projet basé sur la recherche autour de la culture matérielle dans la société actuelle et l’étude des ses possibles transformations. Le projet remet en question la conception de produits existants et encourage le public à agir de manière plus ingénieuse. Plusieurs expositions, ateliers et conférences ont été organisés dans différentes parties du monde au cours des 3 dernières années.

Est-ce que les différentes cultures que tu as côtoyé influencent ton travail ?

Je crois que mon travail serait complètement différent si je n’avais pas vécu et voyagé dans d’autres parties du monde. L’expérience de se mêler à divers paysages culturels m’a convaincu qu’il n’y a pas de réponse standard, tout est relatif. Petit à petit, j’ai su faire évoluer mes perspectives assez facilement, ce qui m’a permis d’être plus agile sur le plan créatif, de sortir des sentiers battus. Et en même temps, vivre entre différentes cultures m’a aussi fait beaucoup plus apprécier ma culture d’origine. Taïwan étant un petit pays insulaire, les gens se sentent parfois inférieurs par rapport à nos puissants voisins. Et je pensais la même chose. Ce n’est que récemment que j’ai commencé à reconnaître pleinement la profondeur et l’étendue de notre culture, et à les intégrer dans mon travail d’une manière ou d’une autre.

L’expérimentation est-elle essentielle dans ton processus créatif ?

L’expérimentation est probablement l’aspect le plus important dans mon processus créatif. Certaines de mes idées viennent de mes recherches ou de mes observations à long terme, et certaines peuvent provenir de quelque chose de totalement aléatoire. Cela peut parfois être assez frustrant car il faut beaucoup de temps et d’énergie pour s’essayer à quelque chose et cela ne fonctionne pas toujours. Mais comme le dit le proverbe : Soulever des pierres et ne rien trouver en dessous, c’est progresser. L’échec nourrit simplement la prochaine expérience.

Tu co-fondé le projet Local Ware en collaboration avec OROS. Peux-tu nous expliquer les enjeux de ce projet ?

Le plus grand défi était certainement de trouver une perspective intéressante et unique dans l’utilisation du bois. Etant probablement l’un des matériaux les plus omniprésents de nos jours et des centaines d’expositions ayant déjà été axées sur le bois, qu’est-ce qui serait différent avec ce projet ? Nous avons découvert plus tard que l’aspect local serait notre réponse. Les gens mènent des vies bien différentes dans plusieurs parties du monde, où la végétation varie considérablement. Nous avons alors voulu proposer une série d’objets universels fabriqués à partir d’essences locales. Plusieurs designers de différentes parties du monde ont été invités à apporter leurs points de vue et expériences personnelles. L’une de nos premières pistes de travail fut le  Kōkan Nikki, un journal d’échange entre amis pour partager leurs réflexions et commentaires. Les journaux d’échange étaient particulièrement populaires au Japon dans les années 1990 dans les écoles primaires et secondaires. L’idée ressemblait aux réunions en ligne que nous avons tous expérimentés durant le confinement : partager notre quotidien avec des gens de l’autre côté du monde et apprendre les uns des autres.

Tu fais également partie de ce projet en tant que designer. Peux-tu nous présenter tes différentes pièces ?

Ma collection est basée sur une recherche rigoureuse autour de la similitude entre la culture culinaire européenne et asiatique. Je me suis inspirée de mon plat préféré à Taïwan – le tofu. J’ai étudié le processus et les outils de fabrication du tofu et j’ai découvert que le processus a beaucoup en commun avec la fabrication du fromage, qui est un élément important de la cuisine française et méditerranéenne. La fabrication du tofu implique le broyage, l’ébullition, la coagulation, la filtration, le pressage et le tranchage. Après avoir étudié le lien entre ces procédés et la structure d’un arbre, j’ai eu envie d’utiliser le matériau sous sa forme très brute. Ensuite, j’ai pensé que les formes de certaines branches seraient parfaites pour trancher. J’ai alors prévu plusieurs sorties dans les bois pour ramasser des branches de toutes sortes, aussi bien à Taïwan qu’au Royaume-Uni. Je me suis retrouvé avec une vingtaine de belles branches et j’en ai sélectionné 7. Chacune d’entre elles offre une façon intéressante de trancher le tofu, le fromage ou autre.